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La boîte du diable et la gavotte.En Bretagne, la région des Monts d’Arrée est le berceau d’un style musical méconnu : un étonnant et superbe mélange de tradition séculaire et de modernité, une véritable “ world-music ” avant l’heure, issue du croisement entre une vieille tradition de chant à danser et de “ musette ”, lui-même issu du mariage du jazz et de la tradition auvergnate ! |
Bretagne : une tradition musicale très forteLa Bretagne est une terre de musique. On y compte, surtout l’été, des festivals par dizaines dans tous les domaines musicaux : jazz, variété, classique, rock, avec cependant une nette prépondérance pour la musique traditionnelle. |
VitalitéLa musique bretonne est pratiquée par des milliers de musiciens de tout âge. * biniou : petite cornemuse bretonne
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Les formes principales de gavotte | Pays de l'Aven : 6 - Cap Sizun Pays Glazik : Pays Rouzic : | 13 - Plougastel-Daoulas 14- Bas-Leon Montagne : 18- Montagne Noire 19- Fisel (Rostrenen) 20- Pourled 21- Pontivy 22- Kost-er-c'hoat |
Un peuple de danseursOn ne peut parler de la Bretagne sans évoquer la musique et les milliers de danseurs qui se réunissent chaque semaine dans les festoù-noz (équivalents des ceilis Irlandais). Il existe depuis quelques années un phénomène fest-noz et l’on danse maintenant la gavotte aussi bien à Paris, qu’à Londres ou à San Francisco ! La moindre occasion, le moindre rassemblement est prétexte à la danse. Cette force et cette vitalité expliquent pourquoi les danses et rythmes modernes ont été autant assimilés qu’empruntés, comme nous le verrons pour l’accordéon.
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Jusqu’au milieu du 20ème siècle environ, la gavotte montagne se pratiquait presque uniquement au son de la voix de deux chanteurs qui faisaient partie intégrante de la chaîne. Depuis l’apparition des sonos, les chanteurs se tiennent à l’écart, sur une scène qu'ils partagent en altérenance avec des accordéonistes, sonneurs en couple, groupes et même bagad.
Traditionnellement, les airs de gavotte ont, sauf exception, deux phrases. Le kaner chante la première phrase, le diskaner l'accompagne sur les dernières notes, puis la répète seule, souvent quelques variations. Le kaner le double sur la fin puis passe à la deuxième phrase, etc. Ce phénomène de tuilage est caractéristique du kan ha diskan.
Ils emploient des gammes non-tempérés, parfois extrêmement “ exotiques ” pour nos modernes oreilles.
Comme dans le reste de l’Europe, l’accordéon s’est répandu en Bretagne dans le dernier quart du 19è siècle. D’abord diatonique, il sera supplanté au début du siècle suivant par le chromatique, mais quelques régions lui sont restées relativement fidèles. Souvent les enfants commençaient au diatonique, puis dès que ses moyens financiers le leur permettaient, ils s’achetaient un chromatique. Actuellement les deux instruments coexistent partout en Bretagne.
![]() | ![]() Noces à St Dolay (Morbihan) en 1924 - l'accordéoniste était là. | |
Ci dessus, détail de la photo de famille. |
L’accordéon a été de tout temps dénigré en Bretagne, malgré et à cause de son immense succès populaire.
Il fut dès son apparition rejeté par le clergé (qui condamnait déjà les sonneurs) et les esprits bien-pensants qui lui donnèrent son surnom de “ boest an diaoul ”, la boîte du diable. Il introduisait en effet en Bretagne des danses “ kof-ha-kof ” (littéralement ventre contre ventre ), c’est-à-dire des danses en couple : valses, polkas... au détriment des danses en chaîne moins chargées de sensualité.
Les nationalistes bretons voyaient en lui un symbole de l’impérialisme culturel parisien : seuls le biniou et la bombarde étaient bretons, l’accordéon devait être banni ! Il est vrai que dans beaucoup de régions, la vogue de l’accordéon avait mis les sonneurs professionnels à la retraite anticipée et beaucoup avaient dû se recycler comme accordéonistes pour survivre.
Les puristes continuent de le considérer comme le fossoyeur des gammes et modes anciens des sonneurs et chanteurs traditionnels.
Et il ne faut pas oublier que l’accordéon, en particulier chromatique, est l’instrument ringard par excellence... Il souffre en France d’une image extrêmement dévalorisée, à cause d’accordéonistes très populaires mais au répertoire et au style hélas très démagogiques.
Cet important courant musical des années 20-30 est né de la rencontre à Paris des auvergnats et des italiens, agrémenté d’apports de jazz et de “ swing ” manouche.
Le musette rencontre très vite un véritable succès populaire partout en France et les accordéonistes n'y échappent pas !
A partir des années 30, en Bretagne aussi, ils sont inévitablement férus de “ musette ”.
La plupart mêlent allègrement les deux répertoires, passant sans complexe d’une gavotte à une java, une valse ou un tango.
Et c’est souvent encore vrai de nos jours.
Le cas de Yves Ménez, connu aussi sous le sobriquet de “ Pierre Min ”, est exemplaire.
Ce musicien fabuleux, dont on ne possède pour ainsi dire aucun enregistrement, a eu, a encore, une grande influence sur plusieurs générations d’accordéonistes. Il a composé de très nombreux airs de gavotte, la plupart très originaux sont immédiatement reconnaissables comme lui appartenant. Il sont devenus de véritables standards, repris par tous.
Yves Ménez a vécu à Paris de nombreuses années. Il y a appris le musette et animé de nombreux bals.
De retour en Bretagne en 1935 et fonde un “ jazz-band ”. Cet orchestre comprenait un saxo, une batterie, un banjo, comme c’est la mode dans la capitale et comme il en existe déjà de nombreux en Bretagne. Le répertoire de ces jazz-bands propose un mélange d’airs à la mode, de danses musettes, parsemé de quelques danses traditionnelles.
Yves Ménez se met à composer de nombreux thèmes où il laisse volontiers s’exprimer toute l’influence du répertoire musette, et indirectement du jazz, tant dans la composition (chromatismes, alternances majeur-mineur...) que dans l’interprétation (rythme ternaire, swing, triolets, syncopes...).
Cette volonté (délibérée ?) d’utiliser des procédés musicaux inaccessibles aux sonneurs ou aux chanteurs fait un “ tabac ” et de nombreux accordéonistes locaux, surtout les jeunes, adoptent son style et son phrasé. On peut sans exagérer dire que Yves Ménez est l’ inventeur du style “ gavotte-montagne accordéon ”, même si, bien entendu il n'en est pas le seul à l'origine.
Le répertoire d’accordéon chromatique bouscule quelque peu la tradition, (airs à 3 ou même 4 phrases, beaucoup d’airs en mode majeur, etc. etc.) mais le résultat est simplement génial.
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