Jean Coatéval - Dañs tro Menez Arre
  
(Gavotte des Monts d'Arrée)







 

 

 


Travaux de Yann-Fañch Perroches
Extraits de divers articles
Analyse du style de Jean Coatéval


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Dastum Kreiz Breizh a édité en 1999, un CD en hommage à Jean Coatéval à partir d'enregistrements effectués entre 1969 et 1995.
Le livret contient une biographie de Jean Coatéval par Patrick Lefèbvre ainsi qu'une étude musicologique par Yann-Fanch Perroches.

Sur cette page, aucun enregistrement du CD, mais Yann-Fañch nous invite à découvrir l'analyse qu'il en avait faite.
Si la lecture seule de cette étude permet une approche du style "gavotte accordéon", l'écoute du CD de Jean Coatéval est "incontournable"
pour tout ceux qui souhaitent l'approfondir. ( CD DKB03, distribué par Coop Breizh )

Mais avant, pour mieux comprendre, il faut savoir ce qu'est une gavotte et bien sûr découvrir qui était Jean Coatéval.

Un grand merci à Yann-Fañch Perroches.

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Déroulement de type contemporain d'une suite de gavottes chantée ou sonnée


La suite se divise en trois parties : "airs simples", "bal" et "airs doubles"
La danse qui accompagne reste la même pour la 1ère et la 3ème partie.
  • La première partie est constituée d'un ou plusieurs "air simple"
    ou en breton : "ton simpl" , " ton berr " (air court) " ton kentañ " (premier air)
  • Le bal ou " tamm kreiz "(morceau du milieu), suit une structure différente, avec partie lente et partie rapide alternées.
  • La troisième, d'un ou plusieurs "air double"
    et plus rarement d'un "air triple" ou : "ton doubl ", "ton tripl "," ton hir " (air long) " ton diwezhañ " (dernier air)
  • Parfois il y a une quatrième partie (podoù-fer, pach-pi, jibidi...).


Elle commence toujours par un "appel à la danse" (en breton "galv") qui permet aux sonneurs de s'accorder entre eux, et aux chanteurs de "se mettre en voix", de trouver la bonne tonalité etc.
Les danseurs en profitent pour se mettre en place.
Pour les chanteurs l'appel se fait au moyen d'onomatopées (la lala lale no) ou parfois par des paroles caractéristiques.
Il consiste toujours à exposer sur un rythme libre et lent (rubato), l'air qui va servir à la danse.
Il est plus ou moins long et se termine souvent par une accélération progressive (des quelques dernières notes à toute la dernière phrase), mais parfois la danse réelle commence avec une cassure du tempo.

Les chanteurs signalent la fin des ton-simpl ou doubl par des onomatopées (la lala lale no), alors que chez les sonneurs la bombarde joue la répétition de la dernière phrase au lieu de laisser le biniou la faire seul.

Le ton-doubl est parfois précédé d'un appel (toujours plus court qu'en début de suite) mais en général, il commence directement dans le tempo de la danse.







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Structure d'un ton-simple :
1ère phrase (A) de 8 temps, jouée (ou chantée) deux fois,
2ème phrase (B) de 8 temps, jouée deux fois
soit 32 temps en tout pour l'air complet : A-A-B-B

Exemple à écouter :
. phrase A . / . phrase B . : . gavotte des montagnes

Structure d'un ton-double :
1ère phrase (A) de 8 temps, jouée deux fois,
2ème phrase (B) de 16 temps, jouée deux fois
soit 48 temps en tout pour l'air complet : A-A-B-B

Exemple à écouter :
. phrase A . / . phrase B . : . gavotte des montagnes

Structure d'un ton-triple :
1ère phrase (A) de 8 temps, jouée deux fois,
2ème phrase (B) de 24 temps, parfois jouée deux fois, parfois une seule,
parfois seule une partie de la phrase (8 ou 16 temps) est répété
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Exemple à écouter :
. phrase A . / . phrase B . : . gavotte des montagnes

Airs atypiques : On les retrouve particulièrement chez les accordéonistes.
1ère phrase à 16 temps (répétée ou non), airs à 3, voire 4 phrases (répétées ou non), etc

Occasionnellement, les Chanteurs ou Sonneurs peuvent redoubler la 1ère phrase (surtout pour les ton-simpl).

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Jean Coatéval

Jean Coatéval est né en 1925 à Huelgoat.
Il commence l'accordéon diatonique vers l’âge de 12 ans environ puis se met rapidement au chromatique.
Il suivra des cours avec Yves Menez, de 20 ans son aîné. Très vite il anime noces et bals. Lui aussi aura son "jazz-band".
Avec des interruptions pour raisons professionnelles (il est carrier) et de santé, il jouera bon an mal an jusqu’à sa mort en 1997.
Il enregistre en 1984 un disque solo qui sera vendu localement et très rapidement épuisé.
Un autre enregistrement sera fait de lui en 1995 pour une compilation d’accordéonistes montagne.
Son jeu est caractéristique du style " gavotte montagne accordéon ".

Même s’il n’a pas la subtilité de phrasé d’un Yves Gac, son énergie et sa cadence sont incomparables et les danseurs ne s’y trompaient pas.
Grâce au renouveau de la musique traditionnelle bretonne, dans les années 70, puis par l’engouement des retraités et " clubs du troisième âge " pour la danse bretonne, Jean Coatéval animera des centaines de bals bretons. Sa notoriété s’étendra peu à peu et il jouera dans certains festoù-noz éloignés de sa région natale et jusque près de Rennes où il mettra la jeunesse en véritable transe !
Le répertoire de Jean Coatéval mêle des airs traditionnels de kan-ha-diskan, et bien entendu des compositions d’Yves Menez.
Ces thèmes sont presque toujours interprétés de façon très personnelle, c’est-à-dire plus ou moins remaniés, plus ou moins transformés, la plupart du temps de façon inconsciente. Même s’il connaissait un peu le solfège, comme la plupart des musiciens traditionnels Jean Coatéval apprenait la plupart de ses morceaux d’oreille et n’hésitait pas à les " bricoler " à sa façon.
Il ne faut pas s’étonner des "audaces" (soyons indulgents) harmoniques du musicien : la musique bretonne est monodique et presque tous les accordéonistes de l’ancienne génération ont une main gauche hasardeuse !
Nos oreilles modernes en souffrent parfois mais n’hésitez pas à vous laisser gagner par le swing incomparable de la main droite !


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Jean Coatéval - accorédon

A travers l'étude du jeu de Jean Coatéval, c'est tout un style musical que nous allons survoler.

les n° entre ( ) correspondent aux pistes du CD


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Origine du répertoire

Jean Coatéval, comme beaucoup de musiciens traditionnels, puisait ses airs à diverses sources.
Beaucoup proviennent du légendaire Yves Menez, qui fut son maître et professeur et dont certaines compositions sont véritablement incontournables chez les accordéonistes des Monts d'Arrée (airs n° 18, 26, 27, 29, 30, 31, ...).
Jean Coatéval notait d'ailleurs beaucoup d'airs sur ses carnets de partitions, y compris ceux des ses " collègues " accordéonistes.
D'autres airs proviennent naturellement du répertoire traditionnel local, à savoir celui des chanteurs de Kan-ha-diskan (airs n° 9 ton-tripl, n° 11, 15 chantés en particulier par les soeurs Goadec).
Des airs " folkloriques " d'origine diverse : " an Hini gozh " (n° 14), " or pilhaouer " (n° 20), Dérobée de Guingamp (n° 23), ...
Enfin les airs n° 28 furent tirés d'un numéro d'ar Soner (février 73).

 

Structure des airs

L'opposition " ton-simpl " / " ton-doubl " n'est plus valable.

- Rappelons qu'un " ton-simpl ", qui débute normalement la suite gavotte, est constitué de 2 phrases de 8 temps,
répétées 2 fois chacune:
A(8) - A(8) - B(8) - B(8)
- Le " ton-doubl ", qui termine normalement la suite, est constitué de 2 phrases, la première de 8 temps, la seconde de 16 temps,
chacune étant répétée :
A(8) - A(8) - B(16) - B(16)
- Il existe plus rarement des " ton-tripl" :
A(8) - A(8 )- B(24) - B(24)

Certes on retrouve des " ton-doubl " (airs n° 2, 5, 8, 11, 12, 15, 19a, 28a, ...) ou des "ton-tripl" (airs n° 9, 22) - pas d'exemple de "ton-simpl" dans ce disque - mais ils sont joués indifféremment en première ou dernière partie de la suite gavotte; d'autre part de très nombreux airs ne respectent pas la structure " ton-simpl " ou " ton-doubl ": airs en 2, 3 parties voire plus, chaque partie se composant la plupart du temps de 2 phrases de 8 temps dont seule la fin change (Al, A2)

 

Voici les structures les plus fréquentes ....... .(chaque phrase Al, B2 etc. faisant 8 temps) :

- à deux parties :
A1 A2 X 2 - Bl B2 X 2 (airs n° 7, 24, 25...)

- à trois parties :
Al A2 X 2 - B1 B2 X 2 - C1 C2 X 2 (air n°31 a...)

- Parfois la structure est plus complexe :
Al A2 X 2 - B X 2 - CI C2 X 2 (air n° 18)
Al X 2 - A2 A1 X 2 - B1 B2 X 2 (air n°13)
A1 X2 - A2 X 2 - B1 B2 X 2 évoluant en Al A1 lA2 X 2 - B1 B2 X 2 (air n°19 b)

Chaque partie est, à l'instar du couple biniou-bombarde ou kan-ha-diskan, jouée deux fois.
Cependant assez fréquemment Jean Coatéval " oublie " une répétition ou au contraire joue la phrase une fois de plus (3 fois de rang) (airs n° 5, 7, 9, 11...). Parfois la dernière phrase est répétée plusieurs fois de suite en fin de danse (airs n° 2, 7, 21...)

Enfin, " l'appel à la danse ", caractéristique des sonneurs et chanteurs, où le thème est exposé au ralenti, sans rythme ni mélodie bien définis, est ignoré de Jean Coatéval (et de nombreux d'accordéonistes) : le musicien attaque directement dans le bon tempo.

 

Ternaire

Jean Coatéval joue la gavotte systématiquement ternaire, contrairement aux sonneurs ou chanteurs qui sont tantôt binaires, tantôt ternaires et souvent oscillent plus ou moins entre les deux. C'est une caractéristique essentielle du style "gavotte accordéon montagne", même si certains accordéonistes jouent parfois binaire ou binaire-ternaire en alternance.

 

Chromatismes

Peu utilisés par Jean Coatéval (air n° 26), ils sont présents soit dans la mélodie elle-même (airs n° 14, air n° 27, célèbre composition d'Yves Menez), soit sous forme d'ornementations (mordant au demi-ton inférieur) (airs n° 4b, 6, 14, 21 (avant dernier air), 30...)

 

Jeu à l'octave

Est-ce pour rappeler le biniou ? Sans doute pas, car l'utilisation du jeu à l'octave n'est pas systématique et ne correspond pas à un système question-réponse (airs n° 4 a, 7, 11, 31 a)

 

Jeu en doubles notes

Jeu à la tierce, souvent utilisé (airs n° 3, 4b, 6, 10, 16, 26, 28b, ...)
Parfois en triples notes (air n° 30...)

 

Variantes

Le remplacement sur un temps d'une note (noire pointée) ou de deux notes (noire + croche) par 3 croches est très répandu chez Jean Coatéval (et de nombreux autres accordéonistes).

Voici un exemple de phrase « épurée » et dessous "remplie de croches". En pratique le musicien joue des versions intermédiaires et évolutives. (air n°9 - tonalité d'origine fa# majeur)
Partition gavotte

 

La main gauche

Le jeu de main gauche est avant tout rythmique, la caractéristique première des accordéonistes traditionnels étant d'ignorer ou en tout cas méconnaître l'harmonie ! On pourrait citer en particulier de nombreux exemples d'accords majeurs sur une mélodie mineure (air n°13, ...)
Si les derniers airs de ce disque (n° 28, 29, 30, 31) semblent soudain harmoniquement corrects c'est que ce n'est plus Jean Coatéval qui joue la main gauche... (Suite à un problème de santé en 1994, Jean Coatéval ne pouvait plus se servir correctement des doigts de la main gauche et pour ce disque c'est Patrick Lefèbvre qui joue les basses.)

Rythmiquement, le jeu des basses est loin d'être unifié et varie beaucoup d'un accordéoniste à l'autre.
La basse correspond en général à un temps accentué et les accords à des temps " moins accentués ". La basse est souvent tenue plus longtemps que l'accord (elle correspond dans ce cas dans la mélodie à des notes longues (noire pointée), donc en général sur les 4, 7 et 8ème temps).


La formule rythmique de base de Jean Coatéval est
A
A
A
B
A
A
A
B
 
1
2
3
4
5
6
7
8
(airs n° 1a, 11...)

Mais elle évolue parfois :
occasionnellement la dernière basse se déplace sur le premier temps suivant
A
A
A
B
A
A
A
A
B
A
A
B
A
A
A
B
 
1
2
3
4
5
6
7
8
1
2
3
4
5
6
7
8
(air n°15...)

Plus rarement la basse est tenue deux temps (8ème temps et 1er temps suivant : air n° 12).

Enfin, très fréquentes et caractéristiques de Jean Coatéval (et d'autres accordéonistes), des montées de basses, de la dominante à la tonique (sol, la si do) sur 4 temps : du 1er au 4ème temps, (airs n° 7, 27...)
du 4ème au 7ème temps, avec répétition de la basse sur le 8ème temps (sol, la, si, do, do) : airs n° 5, 8.

 

Ritournelle de fin

Pas nécessairement caractéristique des accordéonistes puisque également utilisée par de nombreux sonneurs, la ritournelle de fin constitue en quelque sorte la signature du musicien.
Elle est très fréquente mais parfois on note un simple accord final (airs n° 6, 13, 15, 17, 20,...).

 

Accentuation et phrasé

Tous les temps semblent à peu près également accentués chez Jean Coatéval, en particulier le 8éme, qui est souvent ponctué d'un accord (air n° 11, 19, 22, 29...)
Le phrasé est souvent plutôt détaché (staccato) mais également parfois plutôt lié (legato).
On ne rencontre pas d'une manière générale les grandes nuances de phrasé et d'accentuation d'un Yves Gac par exemple.

 

Autres caractéristiques du jeu d'accordéon . non retrouvées chez Jean Coatéval :
J'ai mentionné plus haut les alternances binaire-ternaire. On peut aussi mentionner les syncopes (note jouée en avance ou en retard sur le temps, surtout le premier) (Yves Gac).

 

Mais surtout n'oublions pas ce qui n'est pas analysable en termes musicologiques et qui faisait pourtant toute la force et le jeu de Jean Coatéval et les danseurs ne s'y trompaient point !
Cadence, énergie et cet intime mélange de souplesse, "d'élasticité" et de "pêche" qui fait toute la subtilité et la difficulté de la "gavotte montagne" pour qui n'a pas "grandi avec".

Yann Kaoteval, war-bouez ar soner "mojennel" ma oa Yv Menez ne anavezer enrolladur ebed dioutañ koulz lavared, a zo, heb mar ebed, ar soner akordeoñs brudetañ hag anavezetañ e Menez Arre hag en tu-hont.
E zoare da c'hoari a zo unan euz ar skwerioù brawañ euz an heni a anwan "gavotenn ar Menez akordeoñs".
Gand e vantadur, e nerzh, ha dreist-holl e "swing" heb e bar, e laka ar sonerezh-se an danserien da virvilhan, ha gwazh a se ma'z eo argarzhed gand glanourien 'zo !
Unan euz ar vuzikaned hengounel-se a ra ma 'z eo lesanw an akordeoñs , "boest an diaoul", meuleudi braw evitañ, eoYann Koateval a-benn ar fin !



 


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